Avertissement

Cet acte de recherche se veut un acte de pensée radicale.
La pensée radicale est inscrite dans un engagement citoyen et militant. Elle est d’emblée orientée et se veut messianique dans le sens ou elle se conçoit comme une annonciation, une dénonciation et une critique. La pensée radicale est inscrite dans une forme d’activisme et est incorporée dans le vaste mouvement réactif constitué par les formes militantes de la société civile.
La pensée radicale est une prise de position.
Cette recherche ne se veut pas une recherche objective d’analyse des situations collectives, mais bel et bien un acte radical d’engagement militant en faveur d’un monde orienté plus collectivement et une prise de position qui puise sa source dans les thèses anti-libérales (dans le sens politique et économique compris par l’auteur) et anti-capitalistes. C’est un acte de pensée résistante.

Le choix d’une plateforme de diffusion ; Internet, espace public, trans-frontalier et collectif.
L’espace public virtuel

Depuis les années 60, la production de l’art dans l’espace public répond à la recherche d’une plateforme d’échanges et de débats, d’un forum de circulation de la parole.
Aujourd’hui, ce que l’on nomme l’espace public, c’est à dire le lieu public, le domaine public, la rue et l’espace du dehors se délite et se révèle de plus en plus hybride, multifonctionnel et ambigu.
Nous y relevons la permanence d’une confrontation et une interference toujours plus grande entre domaine privé, public et économique, entre intérêts financiers, espace démocratique et maintien d’une cohésion, voire d’un ordre social. L’aspect contrôlé et les dispositifs policiers et répressifs du maintien de l’ordre public en font un espace contraignant,idéologiquement orienté, et de moins en moins définissable comme un espace publique. La libre circulation de la parole semble compromise par une multitude de paramètres tant administratifs que politiques, juridiques ou économiques.
La naissance d’un nouvel espace virtuel, informatif et communicationnel, ouvert et organisé en réseau, éveille notre intérêt.
L’aspect qu’il offre comme forum mondial, comme espace de parole, sa relative accessibilité sur le plan matériel comme sur le plan économique (pour ce qui est des sociétés industrialisées), m’a donné l’impression d’une plateforme flexible et mobile.
Son histoire est celle d’une interface jeune, cosmopolite (qui englobe l’espace des civilisations), et pas encore totalement incorporé dans le marché mondial global. Il dispose d’un territoire presque encore vierge de tout contrôle et de tout État. L’évocation euphorique d’un nouveau monde qui lui est liée, d’un nouvel environnement de tous les possibles, le rend extraordinairement attractif. Nous nous situons dans un parallèle historique avec l’ouverture de la carte mondiale du XVe siècle, et la découverte de nouvelles terres. Une nouvelle construction mentale et physique est aujourd’hui matérialisable. Un espace vierge se constitue à nouveau pour une nouvelle population de la frontière, un espace atemporel non encore totalement contrôlé par les pouvoirs économiques et politiques.

Une plateforme trans-frontalière

?Pour ceux qui travaillent dans le domaine public, les contraintes administratives, policières, juridiques et économiques mises en place pour contrôler la circulation de la parole et des idées sont autant de frontières infranchissables, qui répètent comme en écho les frontières des États nations mises en place pour contrôler le flux et la circulation de la multitude. Par sa configuration virtuelle et globale, Internet peut échapper aux lois territoriales des États nations. Il prend alors l’apparence d’un espace libre peu concerné par des contraintes étatiques de contrôle policier ou juridique, un espace hybride, rhysomorphe, dans lequel il devient relativement aisé de bouger, se mouvoir, se déplacer avant même d’être repéré par les forces de l’ordre et de la restauration. Cet aspect d’un réseau polymorphe, mobile et extensible en fait une interface prédestinée pour le combat des idées et des résistances aux pouvoirs centraux. Cette disposition multiple et hétérogène est d’emblée en opposition idéologique avec ces pouvoirs centralisateurs, que seules, la concentration et l’homogénéisation de la communication et de l’information intéressent, dans le but de contrôler la parole.

Une plateforme collective

Le travail sur Internet est d’emblée inscrit dans une configuration du collectif.
Tant par la réalisation technologique qui nécessite de multiples interventions et compétences, nécessairement collectives et collaboratives, que par l’idée ; Internet place en force l’idéal du Team, de l’équipe collaborante et innovante.
Intéressée par la dimension idéologique du collectif, Internet représente pour moi un véritable challenge, une mise au cause du statut de l’auteur, du projet singulier, du créateur omnipotent, tant cette figure est irréalisable dans les multiples configurations et interrelations nécessaires, et mise en place par cette interface.

Nathalie Perrin, 2ème mise à jour: septembre 2002

Remerciements à:
Liliane Schneiter, accompagnatrice de mémoire,
Laurent Schmid (Berne) et Daniel Hauser (Bienne); lecteurs, artistes, pour la soutenance du 27 août 2002.

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